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Le Trailpinisme.

Courir ne m'intéresse pas ! Plus que mon esprit, mon corps est contre ! Il y a un an, allez savoir pourquoi je propose à mon épouse un petit footing, le premier depuis 18 ans. On part tranquille, et bim après 20 minutes, un claquage !!!! Bref, plus jamais. Néanmoins, le monde mystérieux des trailers m'interroge. Je veux bien comprendre que quelques extra-terrestres s'enquille un Tour du Mont-Blanc en deux dizaines d'heure mais les 2000 autres, ils font comment ?! Ce sont eux, les finishers de la dernière heure, ceux qui ont tout donné, ceux qui descendent la rue Vallot avec les jambes flagellantes, qui m'ont inspiré quand, au milieu des années 2000, j’assistais à l'arrivé de l'UTMB. La barrière horaire est grosso modo placée à 24h, inconsciemment j'additionne les horaires de quelques voies "classiques". Montée au refuge + approche + ascension + retour, à la louche je m'amuse à y ajouter les délais sans emprunter les remontés mécaniques. Mathématiquement, le créneau de la 20aine d'heure offre bon nombre de possibilités. Si la démonstration est facile, le passage à l'acte l'est nettement moins. Aussi quand un ami me propose de gravir l'intégrale de Peuterey en non-stop, je vois là l'étincelle qui va mettre le feu aux poudres ! Je l'ai déjà parcouru avec un bivouac dans la Noire, un bivouac à Craveri et une nuit au refuge du  Goûter, aussi pourquoi ne pas tenter selon son idée. Techniquement pas de soucis, mais physiquement ???? Pousser le corps dans ses retranchements, tester le mental pour mieux se connaitre, quelle belle aventure !

(c) Petzl-Jon Griffith

Contrairement à ma pratique hivernale où l'objectif est clairement la difficulté donc la lenteur, j'apprécie  l'été une montagne plus badine. Sans pour autant céder à la facilité car j'ai besoin de challenge pour pratiquer, il me fallait réviser ma pratique de la montagne. Du trail, je garde l'inspiration, le reste est du pur alpinisme. Partir du parking et revenir au parking en passant par le sommet sans s'arrêter, avaler en sécurité les mètres d'une voie sans pour autant mélanger vitesse et précipitation. Pour résumer, "essorer la serpillière jusqu'à ce qu'elle n'est plus une goutte à rendre !"

L'aventure Peuterey a été clairement un cap dans ma pratique de l'alpinisme d'été. L'occasion de nombreux enrichissements.
En première position, c'est réaffirmer l'essence de l'alpinisme : le lien de la cordée ! La connaissance de l'autre est tellement précieuse, c'est dans ces moments où la tension est à fleur de peau, que les liens se tissent. On s'entraide, on s'encourage. Dans ce genre d'ascension, la progression est constante, la corde et les points de protections empêchent une chute mortelle mais pas sans conséquence. La confiance en l'autre doit être absolue, on doit connaitre son partenaire, ses points forts mais surtout ses faiblesses. Durant la progression, observer, écouter, sonder  son partenaire afin de déceler toute baisse de vigilance, coup de fatigue qui mettrait en péril l'ensemble de la cordée. Veiller l'un sur l'autre pour progresser ensemble, on est à des lieux d'une pratique individualiste et égoïste.
(c) Petzl-Jon Griffith
Les autres apprentissages de cette ascension sont plus individuels. Cependant, ils furent primordiaux dans la concrétisation des aventures qui ont suivies.

L'alimentation. Trouver des produits que son propre organisme supporte est un sacré challenge. Barres, boissons, salé, sucré, l'équilibre intestinal n'est pas évident à réaliser passé une quinzaine d'heure. Il m'a fallu beaucoup d'essai pour trouver La barre énergétique idéale. L'été dernier, aidé par une nutritionniste, j'ai produis mes propres barres, si le résultat était parfait, c'est le manque de variété au niveau du goût qui m'a gêné. Sur de longues durées, je veille à avoir toujours des parfums différents.
Le matériel  technique. Merci au juteux marchés du ski-alpinisme et du trail d'avoir poussés les marques à lifter des gammes entières de produits ! Le poids sur le dos des alpinistes s'en est considérablement allégé. Mais attention, comme tous les produits pointus, il faut en connaitre les limites pour les utiliser sans mise en danger.
Autre point important, alléger ne veut pas dire supprimer. Jamais, non jamais je ne porterais de baskets en milieu glaciaire en haute-montagne. Même en été, même pour les 10 minutes qu'il faut pour rejoindre le pied de la face sud de l'Aiguille du Midi. L'idée d'y adjoindre des crampons de ville me parait, même en condition de neige optimale d'une stupidité sans limite. Pourquoi ? Le risque réel de déchausser une chaussure ou de perdre un crampon ou pour cause de trop grande laxité de la cheville se tordre le pied, tout cela mènerait irrémédiablement à un déséquilibre qui se solderai par une chute à l'issu incertaine. Comme à chaque fois, il suffit de faire la balance bénéfice/risque. D'un coté, quelques centaine de gramme de gagné, de l'autre...une vie de gâchée.
Les vêtements. Le poids d'une tenue estivale d'alpiniste est devenu tellement ridicule que s'en passer serait stupide. L'ensemble veste thermique/haut-bas coupe vent/ base respirante / gants prennent au maximum 2 litres et atteignent péniblement les 2 kg ! Sur ce point, comme sur l'alimentation, j'évite les changements de dernière minute sans test préalable. Respirabilité, protection du vent et chaleur doivent être connue afin d’être adapté à l'itinéraire. Même au top de sa forme, même avec une météo parfaite, s'engager dans un itinéraire en altitude peut toujours comporter un imprévu, face prise dans le nuage, rappel coincé, rimaye compliquée, erreur de d'itinéraire. Les chutes de températures sont rapides en haute-montagne, pire encore s'il faut passer une nuit imprévue dehors.

Le dernier point lui, ni ne s’achète ni ne s'acquiert rapidement ! Aucune application de GPS ni aucun topo ne remplacera l'expérience ! Et finalement, c'est là que le temps se gagne et ce n'est pas en seconde mais en heure que la différence se fait ! La lecture du terrain, le choix de l'emplacement du relais, l'emplacement des points de protections pour diminuer le frottement, la distance d'encordement. Dans une voie d'alpinisme, yeux et cerveau sont à 100 %. Les cuisses et les biceps ne viennent qu'en renfort, moins on les fera chauffer plus on pourra durer !

(c) Petzl-Jon Griffith
L'été qui s’achève à encore démontré l'abrutissement des hommes, alpinistes et trailers confondus, face à un sommet surpeuplé couvert de pisse et de vomi. Plutôt que de suivre un troupeau écervelé, VOUS qui aimez la montagne :

Rêvez, trouver vos propres objectifs en regardant la montagne.
Définissez vos propres règles qui serviront de moteur dans l'action. On ne triche pas avec soi-même !
Restez humble, face à la montagne, face aux éléments, face à ses propres capacités.
Tentez ! Visez haut mais envisagez les portes de sorties autant que la réussite. Mon projet phare de grande boucle m'a déjà repoussé 2 fois ces 4 dernières années, plutôt que de supprimer ma marge de sécurité, j'ai préféré  rejoindre la vallée par mes propres moyens.
Apprenez et essayez encore ! Equipement négligé, préparation physique trop faible, il y a toujours des enseignements à tirer. Déçu de ne pas avoir réussi  mais heureux d'avoir appris un peu plus, la prochaine fois, je serais plus fort.

et surtout "Revenez content, Revenez vivant !"

Voici en substance, en attendant d'imaginez les vôtres, quelques unes des lignes "au long court" que j'ai particulièrement apprécié.

Les aiguille Rouges du col de l'Encrenaz au col Cornu : Ambiance détendue A faire pour le panorama !


Le tour du Glacier du Tour  : Une ligne qui emprunte ses sommets emblématiques. Elle à l'avantage de proposer de nombreux échappatoires à une altitude peu élevée. Au départ du parking de la Vormaine, j'ai choisi le sens anti-horaire mais les 2 sont envisageables. Montagne de Peclerey, Tête du Grand Chantet, Bec de Lachat, Bec rouge inférieur puis supérieur. On passe en mode alpinisme à partir du col du Passon, rocher facile mais trés délicat jusqu'à l'Aiguille du Passon puis col Adam Reilly. Voie normale du Chardonnet puis descente par l'arête Forbes. L'aiguille Forbes se contourne facilement par son versant suisse. Nous avons effectués l'ascension de la Grande Fourche en aller retour puis la Petite Fourche par sa voie normale, Tête Blanche, puis col du Tour. Traversée de Purtscheller, montée à l'aiguille du Tour par sa voie normale, redescente par la fenêtre du Pissoir puis refuge Albert 1er.
                                                               ( à partir de 5'08)
Continuer par l'aiguille du Midi des Grands, l'aiguille du Génépi puis poursuivre sur l'arête menant aux Grandes Autanes et terminer au col de Balme où l'on aura judicieusement laissé des VTT ferait un itinéraire élégant !

 Le Mont-Blanc, de notre Dame de la Gorge à l'Aiguille du Midi : Rejoindre le col du Bonhomme, monter au mieux sur l'arête par les rochers du Bonhomme, Tête nord des fours, col des Tufs puis nous avons contournés Tete de Bellaval et Tête d'Enclave pour rejoindre  l'arête en direction du Mont Tondu, Aiguille puis Pointe des Lanchettes, Dôme de Neige, Aiguille de Tré la tête de la redescente sur le glacier de Tré la tête, col des Dômes puis refuge Durier où nous avons passé la nuit. Jonction à l'aiguille du midi via bionnassay mont-blanc.



L'Aiguille de Blaitiére par son arête Sud, Départ des Bois. L'arête Sud bien que méconnue est magnifique et en rocher exceptionnel.

La Verte depuis le Hameau du Lavancher via Tête de Prapator, Aiguille à Bochard, arête des Grands-Montets, descente par l'arête du Moine.


topo de course

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